Meudon-la-Forêt

C'était au mois d'avril, nous regardions le printemps pousser sur les murs invisibles du confinement, essayant de nous faufiler entre le travail, le pas-de-travail, le supermarché, les mesures de la préfecture, les discours télévisés, les stores fermés... Nous vivions dans des interstices, cherchant le plus grand degré de liberté possible entre les risques de la pandémie et la grisaille des normes entravant nos vies. Un jour, on a trouvé un cerisier en fleur sur le parvis de la médiathèque de Meudon-la-Forêt, et c'est exactement ce qu'il nous fallait.

Durant trois matinées, nous nous sommes réuni avec onze personnes pour un atelier d'initiation à la photographie documentaire. Le programme officiel était : prendre en main un appareil photo, apprendre à raconter un lieu, faire des images et compiler des histoires. Mais le programme réel était : se mettre en mouvement, rattraper le printemps, aborder des inconnus dans la rue, ouvrir l'oeil, laisser traîner l'oreille, humer la brise, faire confiance au hasard...

Un corpus documentaire se construit à travers des corps affamés de curiosité ; ici se mélangent des récits de tous types : des souvenirs, des rencontres, le produit d'une cueillette, des poèmes, des animaux de passage... C'est le début de quelque chose, d'un voyage ordinaire dont la carte sensible excèdera peut-être un jour (une fois n'est pas coutume) les seules limites du territoire.
 

Catherine Munoz